An Excerpt from Beyond Elsewhere

Tant de ciel perdu.
 

Vous rêvez d’être l’exception, vous n’êtes que la règle : le premier amour vide votre
sac de billes pour le remplir d’étoiles, mais cet éclair brutal porte en lui la foudre qui les
éteint, finalement, toutes une à une.
 

L’amour borde une dernière fois votre lit et vous donne le baiser du grand soir.
 

Pourquoi ?
 

Pourquoi la passion n’échappe-t-elle pas au mouvement des marées, à la loi des
contraires, au va-et-vient de l’ombre et de la lumière, à la mécanique imperturbable du
déclin de toutes choses ici-bas ?
 

Je demeure seul, sans le pansement d’une parole, sans le calmant d’une réponse. Les
mots perdent provisoirement de leur magie, de leur superbe. Ils sont des oiseaux sans
ailes, des flèches au souffle trop court qui retombent avant d’avoir atteint leur cible.
J’erre sans elle dans le déni de sa vaine absence, comme un fantôme dans l’immensité
trompeuse de temples en ruine.
 

Je dérive en silence, des jours et des lunes, sur la mer de servitude qui inonde chacune
de mes cellules en deuil, avant d’échouer par la grâce du temps sur l’autre rive des
amours mortes, ivre du roulis de ma douleur naufragée. En me levant, dos à la mer, face
au soleil, j’entends les baguettes du futur rosser le tambour de mon cœur, comme si le
temps jusqu’ici suspendu au vestige du passé frappait de nouveau à ma porte,
m’ordonnant de lui ouvrir enfin et de reprendre ensemble notre danse avortée.
 

Je dois renaître de ce battement imperturbable, maintenant. Regagner le temps perdu
à chercher ce qui n’est plus, ce qui n’est pas. Me lever, me reconstruire dans le vide et
dans l’urgence d’un désespoir libératoire : dans la reddition de mes illusions sur l’autre,
sur moi, sur l’éternité. Je sais désormais que la passion des hommes est exclusive,
fusionnelle, psychotrope, mais que l’essentiel est la durée qui lui échappe, le temps qui
l’écharpe.
 

J’accepte ce qui est : ce que je crois être. Ce désespoir blanc, fruit paradoxal d’une
pulsion vitale, me délivre de la prison du manque. Le manque est là, mais plus ici ; du
moins brûlé-je de m’en convaincre, avec l’impatience de ceux qui doutent encore.
 

Plus tard, la rage d’embrasser la multitude se propage dans l’or de mes cellules, quand
j’entends monter dans la gorge de l’absurde ce cri d’impuissance qui m’arrache au long
sommeil des sens :
 

« Puisque tout est transitoire, je les aimerai toutes. Et aucune. »
 

C’est ainsi que le désir rallume pour moi son flambeau, pour moi tout entier criant
femmine.
 

From Plus loin qu’ailleurs by Gabriel Arnou-Laujeac, (Éditions du Cygne, 2013)
 
 

So much lost sky.
 

You dream of being the exception, but are just the rule: the first love empties your bag
of marbles to fill it with stars, but this brutal flash carries within the lightning that
ultimately blows them all out, one by one.
 

Love tucks you in bed one last time and gives you the big night kiss.
 

Why?
 

Why doesn’t passion escape the tidal movement, the law of opposites, the back and
forth between shadow and light, the imperturbable mechanical decline of all things here
below?
 

I remain alone, without the soothing of a word, without the calming of a response.
Words temporarily lose their magic, their magnificence. They are wingless birds, shortwinded
arrows that fall before reaching their target. I wander without her, in denial of her
vain absence, like a ghost in the misleading immensity of temples in ruin.
 

I drift in silence, days and moons, on the sea of servitude that floods my every cell in
mourning, before collapsing by the grace of time on the other shore of dead loves, drunk
with the rolling of my shipwrecked pain. Rising, my back to the sea, facing the sun, I hear
the wands of the future thrashing the drum of my heart, as if time, until now suspended in
the relic of the past, again knocked at my door, ordering me to finally open it and resume
our aborted dance.
 

I must spring forth from this unflappable throbbing — now. Regain the time lost
looking for what no longer is, for what is not. Get up, rebuild myself in the void and
urgency of a liberating despair: in the surrender of my illusions about the other, about me,
about eternity. I now know human passion is exclusive, symbiotic, psychotropic, but that
the key is the spell eluding it, the time that tears it to pieces.
 

I accept what is: what I believe to be. This white despair, paradoxical fruit of a vital
impulse, delivers me from the prison of lack. Lack is there, but no longer here; at least I
was burning to convince myself, with the impatience of those who still doubt.
 

Later, the rage to embrace the multitude spreads in the gold of my cells when I hear
surging in my throat the absurd helpless cry tearing me from the long sleep of the senses:
 

“Since everything is transitory, I will love them all. And none.”
 

Thus desire rekindles its torch for me, for my whole famished being.
 
 

First published in The London Magazine
From Beyond Elsewhere by Gabriel Arnou-Laujeac, (White Pine Press, 2016)
Translated from the French by Hélène Cardona